Pour une approche ludique des mutations numériques

Le jeu apporte une contribution essentielle au bien-être et au développement des personnes comme à l’équilibre des sociétés. Jean-Alain Jutteau dans « L’âge du jeu » (SciencesPo 2017) montre comment le digital vient bouleverser les hiérarchies verticales de pouvoir.
Avoir du jeu, se donner du jeu, c’est ce que fait le « hacker » (bidouilleur) qui joue avec un outil pour le détourner de son utilité première et le réinventer.

L’enjoueur doit remplacer l’ingénieur.

Le jeu à l’origine de l’art et de la technique

Les animaux jouent. Plus une espèce est sociale plus le jeu est important dans la cohésion du groupe. Le moteur génétique est à la base de l’évolution mais on dirait qu’à un certain stade le moteur ludique vient complexifier cette évolution. Et pour l’humanité le résultat est assez surprenant.
L’humain est un animal très spécial, il souffre de néoténie, la rétention de jeunesse. Il naît incomplet et continue à se développer, à jouer, toute sa vie. Naissant vulnérable, l’humain a du sa survie à sa capacité d’externalisation fonctionnelle et de transmission des acquis. On peut dire qu’aujourd’hui l’intelligence culturelle collective prime sur l’évolution génétique.

La résilience collective par le jeu

Avec les ordinateurs les jeux sont devenus plus variés et inventifs que jamais. Les codes sont devenus accessibles à tous et les élites sont elles-mêmes dépassées par le nouveau type d’organisation horizontale que permet l’informatique. 
Tout le monde peut et devrait devenir bidouilleur à sa manière, un nouveau monde est à inventer. Les codes sont accessibles à tous, il faut apprendre à les utiliser.

Le penser complexe est le défi des sociétés post-modernes. Edgar Morin

La société des loisirs

Vivant dans un monde de plus en plus déconnecté de la dure réalité, la lutte pour la survie, l’humain apprend aujourd’hui dès l’enfance à jouer avec des jouets aux possibilités infinies. Sa réalité est un monde de codes abstraits qu’il apprend à déchiffrer. Le but de l’éducation n’est donc plus d’accumuler des connaissances mais d’apprendre à jouer avec ces codes.
Dans « Le jeu des perles de verre » Hermann Hesse décrivait une société où les citoyens jouent avec des abstractions pour créer de la musique et de la poésie célestes. Connecter les cerveaux, réunir les esprits autour d’un terrain de jeu, apprendre à reformuler les problèmes et à les transposer dans des jeux de forme mobilisateurs ou des jeux de création collective, c’est ce que nous permet l’informatique.

Devenir enjoueur

L’ingénieur a été le héros du positivisme et de l’industrialisation, son plan était le progrès infini mais nous réalisons que ça n’est pas possible. Il est temps de franchir une nouvelle étape dans l’aventure culturelle de l’Humanité. Le héros moderne est l’enjoueur qui sait relier les fils du réseau pour recréer une organisation organique horizontale de la société.